Les footballeurs professionnels sont-ils des salariés comme les autres ?

lundi 27 septembre 2010
par  Nzolani


Contrairement à une opinion largement rependue, nous devons rendre hommage à l’équipe de France pour son action collective en juin 2010 en Afrique du Sud.

Cela peut paraître comme une provocation dans une société où les téléréalités font des très bons scores d’audience. Comme vous le savez dans ces émissions présentées comme des jeux télévisés, l’exclusion d’un joueur par ses coéquipiers fait partie des règles. Alors que nous devons œuvrer pour une société où, grâce à la solidarité, personne ne devrait rester au bord de la route.

Dans le monde du travail, généralement les salariés font grève pour exiger l’augmentation des salaires, de meilleures conditions de travail ou pour éviter des licenciements. Partant de ces considérations, les joueurs de l’équipe de France n’avaient pas de raisons de faire la grève. Et pourtant eux qui sont parmi les salaires les mieux payés au monde, travaillant dans les meilleures conditions et ont, en outre, des gains énormes avec des contrats publicitaires. Mais ils ont refusé de participer à leur séance d’entrainement devant les médias du monde entier ce dimanche 20 juin 2010 à Knysna en Afrique du Sud.

La cause immédiate de leur mouvement collectif est l’exclusion de l’un de leurs dans les conditions que nous savons : « Par ce communiqué, tous les joueurs de l’équipe de France sans exception souhaitent affirmer leur opposition avec la décision prise par la Fédération française de football d’exclure Nicolas Anelka. Si nous regrettons l’incident qui s’est produit à la mi-temps du match France-Mexique, nous regrettons plus encore la divulgation d’un événement qui n’appartient qu’à notre groupe et qui reste inhérent à la vie d’une équipe de haut niveau… ».

« A la demande du groupe, le joueur mis en cause a engagé une tentative de dialogue et nous déplorons que sa démarche ait été volontairement ignorée. De son côté, la Fédération française de football n’a à aucun moment tenté de protéger le groupe. Elle a pris une décision sans consulter l’ensemble des joueurs et uniquement sur la base des faits rapportés par la presse. En conséquence, et pour marquer leur opposition à l’attitude adoptée par les plus hautes instances du football français, l’ensemble des joueurs a décidé de ne pas participer à la séance d’entraînement programmée aujourd’hui... » (Le communiqué lu par le sélectionneur Raymond Domenech, le 20 juin 2010).

Quel chef d’équipe trop autoritaire n’a jamais été critiqué dans les vestiaires des entreprises ?

Pour Nicolas ANELKA, le sélectionneur exigeait de lui un rendement dans un poste qui n’est pas le sien. C’est comme si l’on demande à un réceptionniste de faire la comptabilité à la place de l’expert comptable ; alors qu’ils travaillent tous dans les locaux de la direction.
Pourquoi les journaux ne font pas état des mécontentements des employés ou des ouvriers dans les vestiaires à l’heure de la pause ? Si dans notre société les sanctions sont prises à l’encontre des personnes à partir des rumeurs ou des articles de la presse, cela sonne le glas de l’état de droit en France. Notre pays ne doit pas suivre l’exemple des pays où l’on jette des joueurs en prison après une défaite.

« La grève de bus » en Afrique du Sud démontre que les valeurs du respect de la personne humaine demeurent à ces jours supérieurs à l’argent roi. Ces joueurs nous rappellent que malgré l’argent que nous pouvons gagner, l’homme doit rester au centre de nos préoccupations politiques, sociales ou culturelles.
Dans les téléréalités, les candidats travaillent ensemble pour faire gagner leurs équipes respectives. Un moment donné ces mêmes candidats doivent désigner par « vote » les personnes à exclure. Ce sont des téléspectateurs qui choisissent selon des critères purement subjectifs la personne à réintégrer dans « le jeu ». Aujourd’hui, l’entreprise qui ne fait plus de profits licencie. Il en est de même pour celle qui gagne en bourse. Dans le monde de l’entreprise, les individus n’hésitent pas, pour leur intérêt personnel, à dénoncer leurs collègues de travail auprès d’un supérieur hiérarchique. Seules les mobilisations de l’opinion publique permettent encore de sauver des personnes de l’exclusion.

Comment ne pas soutenir les joueurs de l’équipe de France qui ne faisaient que défendre des valeurs qui nous sont chères ?

On leur reproche le non respect de l’emblème national. Pourquoi ne pas parler d’autres professions qui portent l’emblème nationale dans leurs uniformes ou l’écharpe tricolore, qui commettent des bavures ou des infractions sanctionnées par des non-lieux sans que les moralisateurs de la fierté nationale sans émeuvent. Les joueurs n’ont mis la vie de personne en danger. Et l’on ne parle pas assez de leurs renoncements aux primes de match au profit des œuvres caritatives.
Que dirait-on s’ils ont fait grève le jour du match ?
José NZOLANI

Pour écouter l’émission, cliquer le logo ci-dessous

MP3 - 20.6 Mo

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